Avant d'être un carrefour commercial ou une capitale coloniale, Aného était — et demeure fondamentalement — un village de pêcheurs. Posée sur l'étroite langue de sable qui sépare le lac Togo et le fleuve Mono de l'immensité de l'Océan Atlantique, la cité vit au rythme des marées. Ici, la pêche n'est pas qu'un métier, c'est l'âme même de la géographie.
Le Ballet du Filet Épervier
L'image est devenue iconique : à l'aube ou au crépuscule, des hommes se tiennent debout en équilibre précaire sur de fines pirogues en bois sculpté. D'un mouvement d'une grâce athlétique, ils déploient le filet épervier. Le filet s'ouvre dans les airs comme une gigantesque toile d'araignée circulaire avant de s'abattre à la surface de l'eau claire de la lagune.
Cette pêche d'estuaire, douce et silencieuse, cible principalement les carpes, les tilapias, les crabes et les crevettes géantes qui prolifèrent dans les eaux saumâtres (là où l'eau douce de la lagune se mélange à l'eau salée de l'océan lors de l'ouverture de l'embouchure).

La pêche traditionnelle à l'épervier, un geste séculaire transmis de père en fils.
La Pêche Océanique : Le Grand Frisson
Si la lagune offre une pêche sereine, l'océan Atlantique est le théâtre d'une lutte acharnée. Les vagues sur la côte d'Aného sont réputées parmi les plus féroces du Golfe de Guinée. Les immenses pirogues de mer, peintes de couleurs vives et souvent frappées de versets bibliques ou de symboles protecteurs, doivent franchir la redoutable barre des vagues.
Le retour des pêcheurs en mer, en milieu de journée, est un spectacle de coopération humaine. Des dizaines d'hommes (et parfois de femmes) s'alignent sur la plage pour tirer collectivement l'énorme filet (la senne de plage) depuis la mer jusqu'au sable sec, chantant au rythme de l'effort pour coordonner leurs forces.
« L'océan ne se donne pas, il se mérite. Et ce que la lagune t'offre avec douceur, la mer te l'arrache par la force. »
Le Rôle Indispensable des Femmes
Dès que le poisson touche le sable, les hommes reculent et le royaume des femmes commence. Les mareyeuses achètent directement la pêche et s'occupent de toute la chaîne de valeur. Les poissons sont écaillés, salés puis emmenés dans de vastes cours où des centaines de fours artisanaux fument le poisson à feu doux. C'est ce poisson fumé doré, véritable pépite économique locale, qui sera ensuite convoyé vers les grands marchés régionaux de Lomé, Cotonou ou Lagos.